Un drame est en train de se dérouler en Afrique, particulièrement en terre libyenne où un trafic d’êtres humains est dévoilé par des images partagées sur les réseaux sociaux.

Un drame est en train de se dérouler en Afrique, particulièrement en terre libyenne où un trafic d’êtres humains est dévoilé par des images partagées sur les réseaux sociaux.

De jeunes négro africains candidats au voyage en Occident sont vendus à de vils prix, comme ce fut le cas pour les esclaves acquis au 16e siècle par les européens avec de la pacotille.

Contraints au chômage et à la pauvreté, ils sont partis de chez eux sur la base d’une promesse qui leur est faite sur le mirage d’un eldorado européen.

Compte tenu du poids social qui leur pèse sur les épaules, ils sont même prêts à sacrifier leur vie, pour cette promesse.

Par conséquent, ils sont des milliers à avoir été emportés par les abysses maritimes (dans l’atlantique et la méditerranée) et les méandres du désert.

Une maison d’une famille pauvre au Sénégal.

La société sénégalaise, africaine en générale, est fondée sur le principe du partage et de la solidarité.

Comprendre la société (africaine) à l’heure du capitalisme

Mais avec les influences acquises de la colonisation, elle a perdu ses valeurs et ses repères initiaux pour se muer en une société complètement capitaliste et individualiste.

L’environnement interne qui reflète son mode de fonctionnement dans les familles est basé sur la concurrence.

Chaque individu veut être devant les autres pour être cité en modèle de réussite ou de bonté.

Dans une même famille, compte tenu des statuts des uns et des autres, un frère est informé en premier qu’un autre d’un problème financier ou social.

L’environnement externe qui est le cadre globalisé de la société est marqué par une «confrontation» psychologique et matérielle entre les familles.

Ce qui est démontrée à travers les mariages, les baptêmes et les décès.

Dans la société, dans un quartier ou dans un village, une famille bénéficie de plus de considération sociale qu’une autre, à cause de son capital financier. Le passé n’est plus pris en considération.

Cette structuration sociale crée des concurrences directes et indirectes dont les protagonistes rusent et déroulent chacun des stratégies pour «exister», au gré des frustrations des uns et des autres.

Pour échapper à ce cercle vicieux, des chefs de famille ont vendu ou hypothéqué leurs terres, des mères ont troqué leur stock d’or ou contracté des dettes, pour payer le prix du voyage dans les pirogues à leurs enfants.

Leur seul espoir est qu’ils seront capables de rembourser dès qu’ils atteindront leur destination et qu’ils commenceront à travailler pour leur envoyer de l’argent.

Comme le font les premiers aventuriers qui ont réussi en Europe. Ceux-là, qui sont propriétaires des belles maisons et des voitures, qui sont riches et qui sont cités en exemples par la société.

La promesse de l’eldorado

Des visiteurs sur le Champ de Mars, près de la tour Eiffel en 2016/Travelzoo.

Le message élaboré par la société pour légitimer le départ des jeunes en Europe est vraisemblablement emprunté à la communication publicitaire. Cette copy stratégie «sociale» est à la base de l’aventure des jeunes outré par leur environnement.

Il comporte cinq parties : le problème posé (l’objectif du voyage articulé autour de la réduction de la pauvreté), la cible (les jeunes au chômage), la promesse (devenir riche), la justification (on ne meurt qu’une seule fois), la tonalité («Barça ou Barsax»= arriver à Barcelone ou mourir).

Voilà les différents arguments sur lesquels se sont fondés les jeunes pour braver la mer et le désert au péril de leur vie.

Le voyage clandestin a toujours eu lieu depuis l’histoire de l’humanité.

Presque toutes les grandes civilisations sont issues de la volonté de migrants qui ont choisi de partir à un moment de leur vie pour se refaire ailleurs.

Au début des années 2000, plusieurs années après la spéculation sur le voyage supposé du roi Bakary II du Mali par des pirogues à travers l’atlantique, de nouveaux entrepreneurs marins avaient commencé à vendre les chimères de l’eldorado européen à la jeunesse du continent.

Lasses des promesses de leurs dirigeants qui n’ont pas réussi à mettre en place une politique de jeunesse efficace pour résorber le chômage, ils sont partis par centaines de Yarakh, de Yenne, de Niodior, de Djiffère, de Brufut, d’Elinkine, de Nouadhibou par voies maritimes pour atteindre Palos, Moguère et «Barcelone».

Ils voulaient vaille que vaille partir pour gagner leur vie en Europe et rentrer honorer leurs parents, payer leur dette ou se venger de la société trop injuste à leur égard. 

Malgré les risques encourus sur le trajet, ils ont choisi de défier «le ventre de l’atlantique», ce cimetière jusqu’ici ouvert.

Les expéditions maritimes

Des migrants africains en difficulté après le chavirement de leur embarcation.

Pour démontrer leur détermination à partir, ils ont inventé le concept de «Barça ou Barsax» (atteindre Barcelone ou mourir).

Un slogan ou un cri de guerre qui a dévoilé toute sa symbolique au Sénégal où de nombreuses familles sont restées orphelines de leurs enfants les plus chers.

Le prix du billet variait entre 300.000 et 800.000 FCFA. Très organisés, les passeurs sillonnaient l’intérieur du Sénégal pour «recruter» de potentiels candidats.

Après le versement d’une avance, le candidat clandestin avait droit à un rendez-vous fixé à une plage de départ.

Ce rendez-vous personnalisé était toujours tenu secret. Seuls les candidats qui avaient versé une avance en avaient droit pour déjouer la vigilance de la gendarmerie de l’environnement.

Pour certains cas, il fallait même payer intégralement le prix du billet pour permettre à l’entrepreneur d’engager des charpentiers pour renforcer une pirogue achetée afin de lui permettre d’affronter les vagues de l’océan.

Chaque candidat avait également droit au contact des passeurs ou des chefs d’expédition pour échanger sur les préparatifs et les modalités du voyage.

Avant de partir pour le voyage qui pouvait durer de quatre jours à une semaine au plus, il fallait se ravitailler en biscuits, en arachide, en lait, etc. pour la survie des passagers. Mais aussi en carburant et en eau.

En 2009, après le scandale né des débarquements massifs et successifs de pirogues bondées de migrants clandestins sur les côtes espagnoles, l’Europe tout entière s’était sentie menacée.

L’Union européenne s’était réunie, non pas parce que les fils africains mourraient en mer, mais plutôt parce qu’elle avait peur de cette invasion pacifique de son espace.

Le FRONTEX avait vu le jour, financé à hauteur de plusieurs milliards, avec pour mission de traquer les pirogues de migrants en haute mer, aidé par les services de sécurité de certains pays africains.

Le Sénégal est au-devant de la scène avec son gouvernement qui a signé des accords pour rapatrier ses ressortissants clandestinement entrés en Espagne.

Avec pour seul argument qu’il y avait du boulot au pays de la Teranga. C’est la naissance du Plan REVA, ce fameux retour avorté vers l’agriculture exhibé par Maitre Wade comme un moyen et une raison de rester au Sénégal.

Les premières vagues de rapatriés arrivent à Dakar, avec comme seul «financement», 10 euros (6500 FCFA), un coca-cola et un sandwich pour tromper la faim du voyage.

L’appel du désert

Des migrants subsahariens sous surveillance en Algérie.

Comme l’atlantique était quasiment verrouillée par les navires espagnols du Frontex et les forces de sécurité, les jeunes avaient pris la décision de le contourner.

Une nouvelle route avait vu le jour, utilisée pourtant jadis par d’anciens aventuriers, la voie terrestre. Avant l’éclatement de la rébellion dans le nord Mali, le trajet partait de Dakar pour passer par Bamako, Gao et Taoudenni ou Tamanrasset pour rejoindre l’Algérie, le Maroc ou la Libye.

Après la chute de Khadafi en Libye, le chemin du désert est détourné vers le Burkina Faso et le Niger, pour atteindre la Libye afin d’éviter les exactions des groupes armés dans le nord du Mali.

Plusieurs centaines de jeunes ont péri dans le désert, tués par des coupeurs de route, par la faim et la soif ou par des passeurs sans état d’âme.

Avant même le scandale du commerce humain, il y a d’abord eu en Libye les échos du commerce d’organes.

Des migrants ont été contraints à livrer l’un de leurs reins à de vulgaires criminels sans scrupule qui les cédaient à de riches individus dont les proches étaient internés dans les hôpitaux.

Parallèlement, sur la Méditerranée, d’autres jeunes ont été «assassinés» par des passeurs qui les ont forcés à sauter par-dessus bord de leur barque.

Certains ont été «laissés mourir» noyés sans secours dans les flots pour dissuader d’autres candidats à emprunter cette même voie.

Il y a eu aussi les échos de certains migrants faits prisonniers et dont on demandait aux familles de payer une rançon envoyée par transfert ou virement pour leur libération.

Les dirigeants africains ont tout su sans prendre des mesures et des décisions pour trouver des solutions à cette situation.

C’est seulement maintenant qu’ils commencent à réagir, dès lors que l’opinion publique africaine crie son indignation.

Le commerce des négro africains en LIbYe

Des migrants subsahariens surveillés par les gardes-côtes italiennes.

Des ressortissants de pays africains candidats au voyage en Europe sont victimes d’un troc humain organisé par des individus peu soucieux du sens de la liberté et de la vie humaine.

Les médias ont montré des transactions de personnes détenues et dont le prix est marchandé devant des caméras de fortune pour servir à d’autres gens, bafouant ainsi les principes d’égalité, de fraternité et d’humanisme.

Au moment où le pays, jadis maitrisé par le Colonel Mouammar Khadafi, est divisé en deux, avec plusieurs factions rebelles qui se rivalisent la légitimité dans un secteur ou un autre.

Les pays occidentaux, du moins certains, se soucient peu de ce qui s’y passe. Ils n’ont d’intérêt que la manne pétrolière.

Le bond en arrière, le retour vers le format honteux, avilissant et inhumain de l’esclavage ne les émeut pas.

Le coup de gueule sur la toile de l’animateur français Claudy Siar, «descendant d’esclaves» est largement apprécié.

C’est une indignation sur une pratique barbare, mais également sur le silence coupable des dirigeants africains et de ceux de l’occident.

Le silence absurde de la communauté internationale

Le siège des Nations unies à New York.

Face à ce scandale humanitaire, les dirigeants africains adoptent une posture coupable. Un silence complice et absurde.

C’est comme s’ils méprisaient les enfants du continent qu’ils ont laissés dans leur triste sort.

Certains chefs d’Etat ont attendu, comme des opportunistes, l’éclatement du scandale pour sortir des communiqués condamnant cette situation dont ils ont contribué pour la plupart.

La communauté internationale quant à elle détourne son regard du sort des négro-africains qui trépassent en Libye.

Par la même occasion, les ressources des pays africains sont pillées par les grandes puissances coloniales, avec la complicité de leurs dirigeants.

L’argent acquis des cessions des concessions pétrolières et gazières n’est pas réinvesti dans les pays, peut-être qu’il est transféré dans des comptes offshores.

Toutefois, il est évident qu’un danger guette l’Afrique, l’Europe et le monde puis que cette situation désespérée pourrait être la source d’une instabilité généralisée.

L’assassinat de Mouammar Khadafi est une leçon dont l’Occident doit se servir.

Car c’est bien après sa mort que les vagues de migrants ont commencé de partir en masse de son pays vers l’Italie et l’Europe.

Une action d’urgence concertée est nécessaire pour sauver l’Afrique et ses enfants désespérés par des promesses qui les conduisent à l’esclavage.

Non à l’asservissement des temps modernes !

Chérif Faye, Journaliste

fayecherif313@yahoo.fr

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