Le CO2, le dioxyde de carbone peut-il réellement être transformé en carburant?

C’est l’ennemi numéro un du climat : le CO2, le dioxyde de carbone. Ce gaz est le principal responsable du réchauffement de la planète.

Un chercheur du Collège de France voudrait en faire une matière première. Il est parvenu à le transformer en carburant.

Les émissions de CO2 ont atteint un niveau sans précédent en 2018. Plus de 33 gigatonnes de dioxyde de carbone ont été envoyées dans l’atmosphère pour la production d’énergie ; un record et une progression de 1,7%.

La solution viendra un jour des énergies renouvelables, non polluantes. Mais s’il était possible de récupérer ces millions de tonnes de CO2, que pourrions-nous en faire ? Pourrions-nous le valoriser, le transformer ?

Peut-on transformer le CO2 ?

Plusieurs expériences existent. L’idée : récupérer le CO2 puis le transformer. Ce procédé pourrait, par exemple, remplacer l’utilisation des ressources fossiles, comme le pétrole, pour faire du carburant.

Parmi les recherches en cours, celle du professeur Marc Fontecave et son équipe du Collège de France, à Paris, est assez avancée.

Le chercheur, interrogé par TV5MONDE, estime que « demain, quand il n’y aura plus de ressources fossiles, le monde continuera d’être carboné. Où allons-nous le prendre ce carbone ? Ce sera soit dans la biomasse (les plantes) soit dans le CO2« .

Le chercheur est parvenu à reproduire la photosynthèse d’une plante. La fleur, par exemple, capte la lumière du soleil et du CO2 pour produire de la matière organique. Dans le laboratoire du professeur Fontecave, on transforme le CO2 en éthylène, une matière première très recherchée dans l’industrie chimique.

« Ici, raconte Marc Fontecave, l’expérience dans mon laboratoire se fait sur une petite cellule. L’enjeu pour la planète est colossal puisqu’il s’agit de produire des milliards de tonnes de ces produits. Je suis convaincu que, demain, il existera de gros éléctrolyseurs qui transforment le CO2 en éthylène ou en éthanol. Dans combien de temps et à quelle échelle, c’est impossible à dire. »

Impossible à dire car, avant de transformer le CO2, il faudra d’abord le récupérer, le stocker.

Peut-on capturer le CO2 dans l’atmosphère ?

C’est la plus grande difficulté que rencontrent les chercheurs : même si on savait parfaitement transformer le dioxyde de carbone en carburant, le plus compliqué resterait de capturer le CO2 rejeté dans l’atmosphère.

Il ne représente que 0,04% de l’air que nous respirons. Le capturer demande d’énormes capacités. Les entreprises canadienne Carbon Engineering et suisse Climeworks le font avec ce qui s’apparente à des aspirateurs géants.

Pour Marc Fontecave, « la plus grande réserve en CO2, c’est celle qui est autour de nous sauf qu’elle est très diluée. Et pour le moment, on ne peut pas faire de chimie sur un gaz aussi dilué. Donc, il faut récupérer le CO2 à partir des sources de production les plus importantes : cimenteries ou centrales thermiques, par exemple. On considère qu’il y a à peu près 10% des émissions qu’on pourrait récupérer comme cela« .

Peut-on stocker du CO2 ?

Le plus simple est donc d’empêcher le dioxyde de carbone de s’échapper dans l’atmosphère. L’idée cette fois : récupérer le gaz qui s’échappe des cheminées d’usines et des centrales thermiques. Puis, l’envoyer sous terre, le conserver dans la roche à plus d’un kilomètre de profondeur.

Des expériences existent un peu partout dans le monde, notamment au large de la Norvège depuis presque 30 ans, où 17 millions de tonnes de CO2 sont déjà enterrées.

Mais ces projets coûtent très chers et surtout, ils suscitent l’inquiétude grandissante de chercheurs qui craignent la déstabilisation de la couverture géologique de la planète.

C’est ce CO2, stocké, qui pourrait peut-être un jour être recyclé. Pas tout de suite, loin de là. L’équipe du professeur Fontecave espère un premier prototype industriel au plus tôt en 2035.

TV5 Monde