Les mareyeurs exportateurs de par ma voix, présentons nos condoléances les plus attristées aux sénégalais et particulièrement à toutes les communautés de pêcheurs de la mort accidentelle du jeune Modou Lô, dit Melo Diop, originaire de Ngaye Mékhé. Nous vous assurons de notre profonde sympathie.

Les mareyeurs exportateurs de par ma voix, présentons nos condoléances les plus attristées aux sénégalais et particulièrement à toutes les communautés de pêcheurs de la mort accidentelle du jeune Modou Lô, dit Melo Diop, originaire de Ngaye Mékhé. Nous vous assurons de notre profonde sympathie.

A ses parents, nous leur disons que toutes nos pensées vont vers eux, nous leur présentons nos condoléances les plus émues dans ces moments difficiles. Nous sommes là pour les soutenir, la disparition de son propre enfant n’est pas dans l’ordre des choses. Le souhait de tout parent est d’être enterré par ses enfants et non le contraire.

En tant que croyant on ne peut que se plier à la volonté divine. Il ne passe pas un jour sans qu’on nous annonce la mort, la perte de pêcheurs, de jeunes gens dans l’exercice de leur travail, des jeunes adolescents incroyables à bien des égards de par leur bravoure.

En tant que Mareyeurs exportateurs nous sommes profondément attristés par ces pertes récurrentes dans des conditions tragiques. Ces deuils,  qui frappent ces communautés en emportant que des jeunes, des garçons souvent à peine sortis de l’enfance, sont d’une tristesse innommable. Quelle grosse perte pour notre société.

A chaque fois que des pêcheurs périssent, nous perdons plus que des êtres aimés et chéris, nous perdons doublement, car ce sont des soldats de notre économie, des jeunes qui bravent ces grands mystères marins, cette grande bleue pleine de promesses, de belles captures, avec à la clé de quoi vivre et nourrir sa famille certes, mais pleine de pièges et de grands dangers aussi.

Aller travailler en haute mer est tout sauf une sinécure, il faut être un vrai guerrier pour aller braver ces étendues mystérieuses et mystiques; bienheureux sont ceux qui se réveillent bien apprêtés car, montant dans leurs voitures climatisées pour rejoindre des bureaux tout aussi feutrés et cosy.

Pour un hommage aux pêcheurs victimes

La pêche étant le premier pourvoyeur de devises du pays, assurément nous perdons de vaillants soldats, des pourvoyeurs de fonds, participants actifs, et ceci depuis toujours, au rayonnement de notre économie. Ces acteurs devraient être célébrés et non être les parents pauvres de notre société.

Ces morts inutiles ne doivent plus être une fatalité, bien au contraire, c’est le moment de repenser leur valorisation. N’eût été leur condition de vie précaire, ces jeunes pêcheurs ne défieraient pas aveuglément ces étendues abyssales vaille que vaille, en risquant leur vie; mais la nécessité obligeant car n’ayant pas d’épargne pour vivre et survivre ils y vont quand même à leurs risques et périls.

Par le passé, seules les communautés ayant la pêche comme activité traditionnelle ou familiale la pratiquaient, donc des gens aguerris aux techniques de la nage et des prédispositions innées pour la mer. Mais aujourd’hui, avec la crise qui s’est installée dans pratiquement tous les secteurs, nous voyons des individus traditionnellement cultivateurs, savetiers, etc., embrasser le créneau de la pêche, car c’est un métier qui nourrit beaucoup de fantasmes de richesses.

Les efforts de l’état en dotation de gilets de sauvetage sont hautement louables, mais ne pourrait-on pas aller plus loin en organisant un cadre ou certains néo pêcheurs apprendraient les techniques de la nage et des pratiques de secourisme en cas de sinistre en mer ?

Il nous semble que ce jeune homme, originaire de Ngaye Mékhé, ne devait pas être familiarisé avec l’océan, à l’instar de beaucoup de jeunes, originaires du centre du pays, pour ne pas dire le bassin arachidier, qui sont recrutés au niveau du port de pêche comme marin à bord de bateau étrangers.

Pour la mise en place d’un fond de garantie

Il est temps pour les pouvoirs publics de penser à créer un fond de garantie, de solidarité pour permettre à ces travailleurs de pouvoir tenir durant les périodes de non pêche, mais de surtout de mauvaises conditions météorologiques.

En posant ces jalons, ces actes, l’état résoudrait aussi le problème de la surpêche en permettant ainsi à la ressource de se reposer et de se régénérer. Pourquoi aussi ne penser à structurer ces pêcheurs afin qu’ils puissent avoir accès aux assurances, pour eux-mêmes et leurs matériels qui coûtent une fortune.

Tant que les vrais acteurs de base ne seront pas intégrés lors de l’élaboration des projets et des programmes, la pêche ne nourrira jamais son homme. Comme le disait Ghandi, agir pour nous, sans nous, c’est agir contre nous.

Si on n’y prend garde avec cette grande précarisation des pêcheurs au-delà du rôle économique incontournable qu’ils jouent, il y va de la sécurité alimentaire de seize millions de personnes. Ce qui serait un bien grand dommage pour un pays comme le Sénégal avec 718 km de côtes, grand exportateur mondial de produits halieutiques qui se retrouve à importer du poisson pour nourrir sa population.

Nos stocks halieutiques décroissent de manière accélérée à cause des bateaux usines étrangers, véritables monstres des mers qui ne respectent aucune règlementation, ont fini de détruire nos mers et à termes des communautés entières de pêcheurs.

Aujourd’hui, nous notons un transfert des possibilités et des opportunités de travail du secteur aux bateaux étrangers au détriment des acteurs nationaux; et contre toute attente bouleversant de fait la vie et la survie de communautés entières dépendant de cette activité pour vivre, faire vivre, et participer à l’effort économique de la nation.

Il est temps, il urge d’opérer des ruptures dans les pratiques, faire des politiques inclusives avec l’implication de tous les acteurs clés, les organisations socio professionnelles et les pêcheurs qui sont les points focaux, dans toutes les étapes de la conception des accords de coopération.

Toutefois, cette surpêche éhontée dont nous nous plaignons tous, ne serait-elle pas un moindre mal, comparée à cette nouvelle donne du Gaz et du pétrole qui risque de consacrer la mort programmée de la filière pêche si l’on n’y prend garde.

En tous les cas, il urge à l’heure du FAST TRACK, de prendre des mesures urgentes, de faire des recommandations suivies d’effets immédiats lors du dialogue national en cours.

Nous n’allons pas terminer sans nous incliner devant la mémoire de tous ces jeunes pêcheurs disparus récemment dans des conditions brutales et douloureuses au large de nos côtes.

Nous rendons hommage à ces jeunes hommes qui sont morts et dérivés jusqu’aux côtes capverdiennes en janvier 2019, à leur famille et à Monsieur Sidate Ndiaye qui avait la douloureuse mission d’aller procéder à leur identification, nous leur disons que nous compatissons.

Nous espérons que la grande rencontre sous-régionale de la société civile de la pêche artisanale prévue à Saint-Louis en Août de cette année, rencontre qui fait suite à celle tenue a Nouakchott le 25 janvier 2019, étudiera à fonds le devenir des pêcheurs ; et que les recommandations d’alors seront ratifiées pour une pêche responsable, juste, équitable et profitable aux nationaux.

Mme Ramatoulaye Diallo, Présidente des mareyeurs exportateurs mareyexport@gmail.com