Mati Diop hisse l’Afrique au podium du Festival de Cannes.

La Franco-Sénégalaise Mati Diop, couronnée à Cannes par le Grand Prix pour son premier long-métrage « Atlantique », est une jeune cinéaste qui n’a de cesse de revenir à l’Afrique, dont elle parle dans ce film en évoquant le sort des migrants.

Fille du musicien Wasis Diop, et nièce du grand réalisateur sénégalais Djibril Diop Mambéty, réalisateur de « Touki Bouki » – film majeur du cinéma africain récompensé à Cannes par le prix de la critique internationale en 1973 – Mati Diop, 36 ans, signe avec « Atlantique » une fable politique et onirique, histoire de fantômes et d’exil chez la jeunesse de Dakar. 

« Peut-être que je représente une nouvelle dynamique« , a-t-elle dit à Cannes, expliquant avoir « découvert qu’elle était la première réalisatrice noire à figurer dans la sélection« . 

« C’est très important de pouvoir s’identifier à quelqu’un, d’avoir des sortes de références pour les jeunes. Donc si c’est le cas, si je deviens une sorte de référence pour les réalisatrices noires, j’en serai très fière« , avait-elle ajouté. 

Présentée comme la relève du cinéma sénégalais, cette jeune femme frêle avait déjà été remarquée avec « Mille soleils« , sorti en 2013. Un moyen métrage documentaire qui suivait l’acteur de « Touki Bouki » et dialoguait avec le film mythique de son oncle qu’elle a peu connu. 

Née à Paris en 1982, où elle a grandi, Mati Diop s’est orientée d’abord vers les arts plastiques, notamment la photo. Elle intègre le laboratoire de recherche artistique du Palais de Tokyo en 2006, puis le Studio national des arts contemporains du Fresnoy en 2007. 

« Par procuration » –

Actrice à ses heures, notamment chez Claire Denis dans « 35 rhums » (2008), cette admiratrice du cinéma onirique du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a enchaîné plusieurs courts métrages depuis 2004, signant des films à l’esthétique soignée. 

Parmi eux se trouve « Atlantiques« , tourné à Dakar il y a dix ans, qui racontait la traversée en mer d’un jeune migrant depuis les côtes sénégalaises. 

« Ce film, je l’avais fait dans l’urgence, à un moment où beaucoup de garçons partaient en mer, quittaient leur pays pour fuir le chômage pour un avenir meilleur. Et il se trouve que j’étais là, que j’ai passé du temps à Dakar à ce moment là, et que je me suis pris en pleine face les réalités complexes et sensibles du phénomène qu’on appelait à l’époque l’émigration clandestine« , a expliqué la réalisatrice à l’AFP. 

« J’y ai d’abord consacré ce court métrage, et puis une fois ce film monté, terminé, j’ai senti que j’avais encore énormément de dimensions, de choses à explorer. J’avais envie de lui donner une forme plus ample, plus grande, plus longue. » 

L’Express